« Heureux l’homme des Champs s’il connaît son bonheur », ainsi commence le travail remarquable réalisé voici un siècle par l’équipe d’enseignants qui officiaient sur notre commune.
Ce travail consistait à réaliser un document manuscrit
de 130 pages décrivant et faisant un état des lieux de
la vie à saint Martin.
Ce document est structuré comme suit :
Avant Propos
Histoire
Description physique
Le Sol
Les Cours d’eau
La Flore
La Faune
Moyens d’accès
Chemins vicinaux
Service postal
Population
Emigration et Immigration
Division de la propriété
Modes d’exploitation
Agriculture
Le Châtaignier
Sériciculture
Cultures secondaires
Céréales
La vigne
Les arbres fruitiers
L’olivier
Pairies naturelles
Cultures dérobées
Bois
Elevages et animaux domestiques
Instruction agricole
Nous reproduisons le plus fidèlement possible le texte tel qui est calligraphié,
certains détails permettent ainsi de mieux comprendre la valeur accordée
aux mots utilisés, de voir que la façon d’écrire
certains mots à évolué au cours du siècle dernier
!
Les nombreuses invitations faites par M le professeur départemental d’agriculture de la Lozère et notre désir d’être utiles le plus possible nous ont poussés à essayer de faire la monographie de la Commune de Saint Martin de Boubaux.
Mais, convaincus de notre impuissance à faire une monographie
parfaite, nous écrivons le 16 Juin 1903 à M le Professeur
d’agriculture :
«
Remplis du désir de vous être agréable et d’être
utiles nous avons décidé, hier au Collet de Déze, à l’issue
de la Conférence pédagogique, d’essayer de faire
la monographie de la commune de Saint Martin, quoique la partie historique
nous paraisse devoir être un écueil inévitable
et fatal »
Et nous ne nous étions pas trompés. Nous avons cherché dans
les archives communales et départementales des documents sur
l’histoire des temps antérieurs à la guerre des
camisards ; nous avons vu inutilement M Pourcher, ancien curé de
Saint Martin de Boubaux, qui a fouillé les archives de toutes
les vielles maisons de la Commune et des Communes environnantes, des
vicairies, des églises et des notariats des Cévennes.
A notre grand regret, nous avons été obligés de
laisser à peine commencée, la partie historique de notre
monographie.
Par contre nous avons développé longuement la partie
agricole, la considérant comme importante.
Nous nous sommes créé cette conviction, qu’après
avoir fait connaître aussi exactement que possible le passé dans
ses parties essentielles, après avoir fixé de même
le présent, il faut, si l’on veut réellement être
utile aux générations actuelles, leur parler de l’avenir.
En d’autres termes, après avoir indiqué comment
vivaient nos ancêtres, comment nous vivons, il nous paraît
indispensable de dire aux habitants d’aujourd’hui comment
ils devraient faire pour augmenter leurs ressources et leur bien être.
C’est cette conviction qui nous a poussé à donner un long développement aux chapitres sur le Châtaignier, le Mûrier, le Ver à Soie, parties de l’Agriculture qui ont constitué pendant longtemps et qui constituent encore, pour la population, ses plus intenses ressources. Pourtant nous n’avons pas fait, comme on pourrait le croire, à propos de ces cultures essentielles, un cours d’agriculture ; non, nous n’avons fait que des résumés et comme preuve nous dirons : Dans nos petites bibliothèques personnelles et populaires, nous avons des traités de sériciculture, d’agriculture, d’aviculture, etc., mêmes élémentaires de format in 8’ ou in-12’ de plus de 300 pages. Or, notre chapitre le plus long est bien loin de cette étendue. Vivant au sein de cette commune, nous avons constaté qu’elle se dépeuple dans des proportions effrayantes, que pourtant, si les habitants le voulaient bien, aidés un peu par nos gouvernants, ils pourraient y vivre aussi heureux qu’en beaucoup d'autres endroits et nous nous sommes appliqués à le dire.
Si un jour nous apprenions que nous avons été entendus, que nous avons contribué un tant si peu à arrêter cette décadence, nous ne regretterons pas le grand surcroît de peine que nous nous sommes imposé.
Le 30 décembre 1904
La Commune de Saint Martin de Boubaux est comprise entre 44°10’et
44° 14’ de latitude Nord.
Elle est bornée, au nord, par les communes du Collet de Dèze
et de Saint Michel de Dèze à l’ouest, par celles
de St Germain de Calberte et de St Etienne Vallée Française
au Sud Est et à l’Est par quatre communes du département
du Gard : St Paul Lacoste, Soustelle ( la commune de Soustelle n’est
pas indiquée sur le plan cadastral par suite d’une erreur.
Elle borne celle de St Martin presque du Lunès jusqu’àu
Roubarbel par le Galeyson, bien entendu.), la Melouze et Mialet .
Ces limites sont formées par une ligne qui, partant du sud, de l’embouchure de la Salendre longe le Galeyson jusqu’à la Nogarède, monte sur la crête du Mortisson qu’elle suit jusqu’au Pendedis, croise le Vallon du Galeyson et court le long de l’arête de la chaîne de Vieille- morte jusqu’au Pereyret . Elle descend en ce point vers le ruisseau de la Salendre et monte enfin sur la colline du Coutel qui du « ron de Quet » au Roubarbel sert de limite à la Commune .
La Commune de St Martin de Boubaux a une superficie de 3139 hectares,
75 ares 40 centiares .
Elle mesure 10 kilométres 300 métres dans sa plus grande
longueur, du Pendedis au Roubarbel, et 6 kilométres 610 dans
sa plus grande largeur, du Mortisson à Vieille morte .
Les montagnes occupent toute l’étendue de la Commune . Deux chaînes principales, le Mortisson et Vieille Morte, ramifications d’un chaînon qui se détache au col de Jalcreste de la grande chaîne des Cévennes, la traverse du nord ouest au sud est avec une altitude moyenne de 700 m . Entre ces deux masses montagneuses s’étend le vallon du Galeyson très étroit et dont la partie supérieure, presque toute entière, est comprise dans la commune de St Martin de Boubaux.
Une série de petites collines dont la plus importante est celle du Coutel se détache de la chaîne de la Vieille Morte et s’avance dans le Vallon, en ne laissant place qu’à des gorges profondes au fond desquelles jaillissent des torrents, affluents ou sous-affluents du Galeyson.
Toutes ces montagnes particulièrement celles de Vieille morte vers les sources de la Salendre sont très escarpées. Sur leurs pentes abruptes la terre végétale est peu épaisse. La roche, une roche d’un gris sombre, apparaît en maints endroits le plus souvent sous forme de saillies. Sur les bords du Galeyson au environs de Lunès et des ravins de Molières, de Labriguet et de la Roque, ces saillies superposées forment des falaises à pic de 40- 50 m et même 70 m de haut.
Cependant vers le bas des montagnes et dans les gorges des torrents,
la végétation est assez intense.
Les espaces cultivés s’y dressent disposés en terrasses,
entourés de châtaigniers séculaires et de bois
remplis de bruyères, de cades et chênes verts. C’est
là que sont bâties les habitations disséminées
ou groupées en petits hameaux.
Mais vers les sommets, surtout sur le versant de Vieille Morte,
exposé au Nord, l’œil n’aperçoit que
de vastes étendues couvertes de broussailles avec ça
et là de vieux châtaigniers tordus et rabougris.
L’altitude varie beaucoup selon les points . Sur la chaîne
de Vielle Morte elle s’élève à 906 m, à l’ouest
du hameau des Cabasses. Sur celle du Mortisson elle est de 896 métres
au point culminant de la chaîne, et s’abaisse à 600
m au col du Pendedis.
Dans la vallée, St Martin n’est plus qu’à 425
métres environ au dessus du niveau de la mer, le Lunès à 273
et le pont de Roubarbel à 206 métres seulement.
Aux différences d’altitude et d’exposition correspondent
des différences de climat.
La partie basse, qui va des Bouigues à l’extrémité sud
de la Commune participe du climat méditerranéen ( l’olivier
y croit en pleine terre ) .La section d’Espinassounels, quoique
beaucoup plus élevé jouit d’un climat presque aussi
doux, parce qu’elle est abritée des vents froids du nord
par la montagne du Coutel.
Sur le versant de Vielle Morte, de Prades à Colombières,
exposé au Nord, la température moyenne est beaucoup moins élevée.
Cependant le mûrier y vient très bien mais les récoltes
y sont toujours en retard de huit à dix jours à Saint
Martin, et de douze à quinze jours à Prades sur celles
de la partie basse.
Sur le versant du Mortisson exposé au midi, le climat est plus
chaud que sur le versant opposé mais à cause de l’altitude
on observe une différence assez sensible avec celui du Lunès.
Pluie
D’après les observations météorologiques
faites en 1886 et 1887 au Lunès, la tranche d’eau tombée
annuellement sur la commune de st Martin de Boubaux est de 1 m 675
. Elle donc supérieure à la moyenne de la France qui
de 0 m 700 environ.
Il semblerait donc que le climat est pluvieux. Il n’en est rien.
Il pleut rarement à st Martin de Boubaux, mais il se produit
parfois d’immenses abats d’eau qui transforment en torrents
dévastateurs les maigres cours d’eau de la localité.
Les mois pendant lesquels ils pleut le plus sont de septembre
et d’octobre.
Neige
La neige tombe en assez grande quantité sur le territoire de
la commune particulièrement sur les sommets de Vieille morte
et du Mortisson. Au Pendedis et à Prades on l’a vue atteindre
parfois une épaisseur de 0m 4. Dans la partie basse, il n’y
en a jamais autant mais on en voit quelquefois de 20 à 25 centimètres.
Sur aucun point, elle ne séjourne beaucoup de temps.
Orages
Les orages de pluie ou de grêle, sont fréquents et beaucoup
font éprouver aux cultivateurs, particulièrement dans
la partie haute, ou les pentes sont plus rapides, des pertes considérables.
Malgré cela personne n’assure ses récoltes contre
de pareilles éventualités.
La gelée y cause rarement des dégâts. Cependant
en 1903 elle a fait des ravages importants.
Dates |
Parties
de la commune ayant été atteintes |
Pertes évaluées |
Indemnités accordéest |
Observations |
5 Septembre 1896(ouragan) |
Toute la commune |
11650fcs |
5% |
En général lorsqu’un orage a éclaté sur la Commune, celle-ci a été atteinte en entier.Cependant les quartiers de Poulassargues et de l’Espinasounels paraissent toujours les plus frappés.Pertes subies entre 1896 et 1904 :Pour les quartiers de Poulassargues 58720 francsPour le quartier de l’Espinasounels : 39060 francs |
Novembre 1889(pluies diluviennes) |
idem |
17960
fcs |
idem |
|
Juillet 1901(Orage) |
idem |
56650
fcs |
idem |
|
Juin
1902(Grêle) |
idem |
68150
fcs |
idem |
|
Avril
1903 (Gelée) |
idem |
86600
fcs |
idem |
|
Juillet 1904(Orage) |
Une partie des sections de Poulassargues,
de Pomerols et de St Martin |
16000
fcs |
idem |
Les vents dominants sont ceux du Nord et du Nord-Ouest, mais ils ne soufflent avec force qu’aux équinoxes. Le vent du Sud amène presque toujours la pluie. Celui de l’Ouest, l’apporte aussi quelque fois, mais plus rarement.
La terre végétale est peu épaisse sur la plus
grande partie de la Commune. Ce n’est que sur certains points
où elle s’est accumulée et sur d’autres,
non ravinés par les eaux, qu’elle a une épaisseur
de quelques mètres.
Le sol est à peu prés de même nature partout. Il
appartient à la catégorie des terrains primaires. Il
est presque entièrement constitué par du schiste siliceux.
C’est un sol sec, léger et maigre, le sol par excellence
de la bruyère. M Moziconacci, Directeur de la station séricicole
d’Alais, en a analysé deux échantillons pris l’un
au Lunés, l’autre à Pomerol et il les a trouvés également
pauvres en calcaire.
Les cours d’eau qui arrosent la Commune de St Martin de Boubaux
ne sont que des torrents. Le plus important est le Galeyson.
Le Galeyson naît dans la commune de Saint Germain de Calberte
au dessous du Col du Pradel à une altitude de 815 mètres
environ. Après un parcours d’un kilomètre dans
cette commune, il entre dans celle de St Martin de Boubaux au-dessous
du Pendedis et se dirige presque en ligne droite du Nord-Ouest au Sud-Est.
Ce n’est d’abord qu’un petit ruisseau étroitement
resserré entre les montagnes. Mais il grossit rapidement des
torrents venus du Mortisson et de Viellemorte et aux Ombres son lit
s’élargit considérablement.
Il passe au –dessous de Poulassargues et de Saint-Martin et à partir
de la Nogaréde, marque la limite de la commune. A l’Ouglo
il prend la direction Sud et devient en même temps très étroit
et très sinueux, particulièrement en amont des Bourigues
et en aval du Lunés, où il est profondément encaissé entre
les montagnes. Au Roubarbel, il reçoit la Salendre son principal
affluent et entre dans le département du Gard. Il traverse les
Communes de St Paul Lacoste et de Cendras et va se jeter, au Puech
dans le Gardon d’Alais après un parcours de 30 kilomètres.
Tous les autres torrents prennent naissance dans la commune
et s’écoulent dans le Galeyson. Les plus importants sont
ceux du Camp de la Fage et de la Bouriette qui descendent du Mortisson
; ceux de Prades, de l’Eglise, du Perrier, de la Roque, de l’Abriguet
de l’Abric et la Salendre sur la rive droite.
La Salendre n’a qu’une faible partie de son cours dans
la Commune de Saint Martin de Boubaux. Ne sur le sommet de Vielle-Morte,
elle descend rapidement entre cette montagne et celle du Coutel, reçoit
les ravins l’Elgierasse, du Causse, du Tueys, du Conte, du Mercon
et du Pas entre le Gard et va se perdre au Roubarbel dans le Galeyson
après un parcours de 9 kilomètres.
Tous ces cours d’eau ont un débit très irrégulier.
En t, ils sont presque à sec et fournissent à peine l’eau
nécessaire à l’arrosage des prairies et jardins.
Le Galeyson lui-même tarit presque complètement, de sa
source jusqu’à l’OUGLO. En automne, ainsi qu’en
hiver, à la suite des pluies, ils roulent des masses d’eau
considérables.
A coté de ces torrents il y a, surtout dans la partie haute
de la commune, de petites sources dont l’eau soigneusement captée,
est utilisée pour les usages domestiques et les besoins des
cultures.
Dans la partie basse elles sont malheureusement très rares.
Les habitants ont bien essayé d’en créer en creusant
le sol aux endroits où ils supposaient que de l’eau circulait
sous des couches souterraines. Mais leurs essais ont presque toujours échoué et
beaucoup ont été obligés de construire des citernes
pour avoir de l’eau à leur disposition.
La flore tient de la flore méditerranéenne et de celle
du plateau Central. Elle comprend une très grande variété d’arbres
et de plantes.
Voici la nomenclature des principales.
Arbres, arbustes et plantes cultivés.
Ils comprennent : le cerisier, le pommier, le prunier, le cognassier,
le pécher, le figuier, le rosier, le groseillier, le châtaignier,
le noyer, le noisetier, le mûrier, l’olivier, le platane,
le cyprès, le saule pleureur, le chou, la rave, le radis,
la carotte, le céleri, la pomme de terre, le topinambour,
le haricot, le pois, la fève, l’aubergine, la tomate,
la citrouille, la laitue, la bette, la betterave, l’ail, l’asperge,
l’oignon, le poireau, le blé, le seigle, l’orge,
l’avoine et le mais.
Arbres, arbustes et plantes sub spontanés. Les plus communs
sont :
L’aulne, le saule, le peuplier, le chéne-vert, l’alisier,
le sureau, l’arbousier, la bruyère, le buis, le pin, le
cade, le genévrier, le genet, la renoncule, l’hellébore,
la clématite, le coquelicot, le fraisier, la potentille faux
fraisier, la bourse à pasteur, le cresson , le passerage, le
fumetiére, le lychnis, le millepertuis, le mourron, le polygale,
la silène, l’angélique, le persil, la cigure, le
fenouil, le lierre, la résée, la gesse, le trèfle,
la primevère, la pervenche, le liseron, la belladine, le bouillon
blanc, la cueuste, la bourrache, le buglosse, le myosotis, la digitale,
le serpolet, le thym, la menthe, la sauge, la mauve, la guimauve, le
jasmin, le plantain, le gaillet, la mâche, l’achillée,
le bleuet, la camomille, le chardon, la chicorée, l’immortelle,
la pâquerette, la raiponce, le sénécon, le souci,
la scabieuse, la bruyère, l’euphorbe, l’ortie, la
mercuriale, la pariétaire, l’orchis, la brize, le dactyle,
le fétugue, le fromental, le pâturin, le ray-grass, le
rulpin et des fougères.
L ‘aulne abonde le long des cours d’eau. Son bois ainsi
que celui du peuplier sert à la fabrication de planches.
Le saule est très commun sur les bords du Galeyson.
La bruyère, le cade, le chêne vert remplissent nos bois.
On utilise comme plantes médicinales : le coquelicot, la violette,
la molène bouillon-blanc, la bourrache, la mauve, la guimauve,
la camomille et comme plantes alimentaires : le cresson, le persil,
le thym, la chicorée et la raiponce.
Le pâturin, le ray-grass, le vulpin, le dactyle, la fétugue,
le fromental sont les principales plantes des prairies naturelles.
Les fougères sont très répandues dans les châtaigneraies
et le long des torrents.
Champignons
Les champignons poussent dans les châtaigneraies, au printemps
et surtout en automne quand la température et l’humidité sont
favorables, ce qui n’arrive pas tous les ans. Il en sort cependant
parfois des quantités considérables.
Les espaces comestibles sont : l’oronge, le cep, l’agarie
couleurré, la claraire, la langue de bœuf et la chanterelle.
Les espaces vénéneuses sont : le bolet Satan, le bolet
rubéolaire, la fausse oronge, l’agarie émétryne,
l’agarie caustigue, l’agarie panthère, l’agarie
toisonné, l’agarie lait jaune et la fausse chanterelle.
L’oronge et le cep sont très estimés et se vendent
ordinairement un bon prix. A cause de cela on en porte une bonne partie
de la récolte au marché d’Alais et de la Grand
Combe
La faune est moins riche que la flore.
En dehors des animaux domestiques qui comprennent le cheval,
l’âne, le mulet, la vache, la chèvre, le mouton,
le porc, le chien, le chat, la poule, le lapin, on ne trouve qu’un
nombre restreint d’espèces animales.
Les bois et les rivières ne sont guère peuplés.
Le renard est le plus commun des carnassiers, il commet des
dégâts assez sérieux au printemps surtout il est
très audacieux et enlève parfois les volailles à la
porte des habitations.
La marte, le chat sauvage, la belette et le blaireau habitent
aussi nos bois mais sont plus rares. Les rongeurs sont représentés
par le lièvre, l’écureuil, le rat et la souris
; les insectivores par la taupe, le hérisson, la chauve –souris.
Parmi les oiseaux, on trouve l’épervier, la chouette,
le hibou, le pic, le coucou, la bécasse, la perdrix, le corbeau,
la grive, le merle, l’hirondelle, le martinet, les moineaux,
le pinson, la fauvette, le rossignol, le rouge-gorge et la mésange.
L’hirondelle et le martinet sont seuls respectés. On détruit
par préjugé la chouette et le hibou.
On chasse à outrance les autres oiseaux.
Les reptiles sont nombreux particulièrement le long du Galeyson
et dans les prairies humides, mais ils sont tous inoffensifs. Ils comprennent
: la couleuvre, l’orvet, le lézard gris et le lézard
vert.
Les grenouilles et les crapauds sont communs.
L’utilité de ce dernier, longtemps méconnue, commence à être
appréciée. Il y a quelques salamandres.
Le poisson est peu abondant. Dans le ruisseau du Galeyson, le
seul qui en renferme, il y a des barbeaux, des ombres-chevaliers et
des vairons, mais ils ne peuvent pas se propager à cause de
l’emploi, à la pèche, d’engins prohibés
qui en détruisent de grandes quantités, les petits comme
les gros et nuisent au repeuplement.
Les insectes les plus communs sont :
Parmi les insectes utiles : le ver à soie, l’abeille,
l’icheneumon et la coccinelle ;
Parmi les insectes nuisibles : le hanneton, la cétoine, le capricorne,
la sauterelle, la courtilière, la cigale, la guêpe, la
fourmi, la piéride du chou, les mouches et les moucherons.
Les autres articulés sont l’araignée, le scorpion,
le mille-pattes, le cloporte et le ver de terre.
Les mollusques comprennent l’escargot et la limace, très
répandus dans les jardins. On chasse le premier le plus souvent
pour le manger.
La Commune de St Martin de Boubaux est sans contredit une des plus déshéritées de France au point de vue des voies de communication.
Dépourvue de chemins de fer, de canaux et de rivières navigables, elle ne possède qu’un tronçon de route départementale qui l’effleure à peine, et quelques chemins vicinaux de petite communication, aucun complètement terminé. Pourtant des progrès sérieux ont été réalisés pendant ces dernières années.
Jusque vers 1850, les transports étaient effectués exclusivement à dos d’homme ou à dos de mulet. Il n’existait dans la commune que des chemins praticables aux piétons et aux mulets. Les deux drayes qui longent les crêtes du Mortisson et Vielle-Morte et qui furent construites sous Louis XIV pour permettre aux dragons lancés contre les Camisards de pénétrer dans les Cévennes, les chemins de St Martin au Roubarbel par La Roque, de St Martin à la Baraque et de Lunés au Roubarbel étaient les principales voies de communication.
Vers 1840 on construisait la route départementale de St Germain de Calberte à Alais et bien que cette voie effleurât seulement la commune entre le Pendedis et la Baraque, elle rendit des services considérables aux habitants de la partie comprise entre la Roque et le Pendedis. A partir de cette époque, ils ne transportaient plus à dos d’homme ou de mulet, les marchandises exportées jusqu’à la Baraque. Là, elles étaient reprises par des charrettes qui les rendaient à destination. Les transports étaient devenus plus rapides et moins coûteux.
En 1872 on commence à s’occuper sérieusement de faire des améliorations sous le rapport des voies de communication.
En 1875 un chemin carrossable(chemin vicinal de petite communication), destiné à relier le centre de la commune à la route de St Germain à Alais, est construit entre le village et le hameau de la Baraque.
En 1880, on commence la construction d’un chemin semblable au
précédent, destiné à relier le Pendedis
au Roubarbel en passant par St Martin. En 1885, deux lots, l’un
prés du Pendedis l’autre entre le Lunés et le Roubarbel
sont terminés. En 1875 on achève la construction de deux
ponts sur le Galeyson, l’un en fer au Roubarbel, l’autre
en en pierres aux Ombres. En même temps la partie de la route
du Pendedis à Alais comprise dans le Gard entre le Roubarbel
et la route de St Paul Lacoste à Alais est construite dans les
meilleures conditions pour la commodité : ce tronçon,
qui a environ 3 kilomètres de long est large de 5 mètres,
presque sans pente, bien cylindré et pourvu de solides parapets.
En 1902, deux autres lots de cette même route sont achevés,
et il ne reste plus maintenant, pour qu’elle soit terminée
que 4 kilomètres, de la Subasse au Lunés. Cette dernière
portion sera prochainement construite( voir le tableau ci-après)
On a construit également des chemins carrossables de Poulassargues à la
route de Saint Germain à Alais et de Saint Martin à Prades.
A l’Abriguet, les habitants ont construit à leur frais
un embranchement pour relier leur quartier à la route de Lunés
au Roubarbel.
Il est à désirer que l’on termine rapidement la
route du Pendedis au Roubarbel, que l’on rectifie les parties
défectueuses de cette route, appelée à rendre
de grands services à la Commune, et que l’on construise
des embranchements pour rendre accessible aux véhicules les
hameaux d’Espinassounels et du Mashuc.
En attendant, jetons un coup d’œil en arrière pour
nous rendre compte du changement opéré depuis 1840. Nous
voyons nos pères transporter péniblement à dos
d’homme ou à dos de mulet, jusqu’à Alais,
les marchandises exportées et rapporter de la même façon
les denrées importées. En hiver et en été, à la
suite des pluies, ils sont obligés pour franchir le Galeyzon
de guéer, de nager ou de faire plusieurs kilomètres de
plus pour aller passer au pont de St Martin.
Plus tard nous voyons les charretiers qui font le service du
Roubarbel à Alais, suivre le lit du Galeyson, sur une longueur
de 4 kilomètres, du Roubarbel à Guilhem ; le passage
est difficile, il faut enlever des pierres, patauger dans l’eau,
tirer les chevaux, pousser aux roues, aller chercher du renfort….
Combien nous sommes plus heureux aujourd’hui, si nous avons beaucoup
de progrès à attendre il n’en est pas moins vrai
qu’un grand pas a été fait. Il serait injuste de
ne pas le reconnaître.
Situation au 31 Décembre 1904 |
||||||||
N° des chemins |
Désignation
des chemins |
Longueur en métres |
A l’état d’entretien
complet |
A l’état
de viabilité |
En construction |
En lacune |
Dépense à faire
pour terminer chaque chemin |
Observations |
1 |
Du Pendedis à Roubarbel |
15500 |
4168 |
5132 |
6200 |
99250 |
Carrossable du Pendedis a la Subasse et de Lunés au Roubarbel |
|
2 |
De St Martin à la
Baraque de Bonnord par les Cazalsl |
7330 |
1500 |
5830 |
54980 |
Carrossable sur tout le parcours |
||
3 |
D’Espinassonnels à St
Jean du Gard |
5540 |
3000 |
2540 |
19780 |
Carrossable du Pereyret vers St Jean du Gard |
||
3 bis |
Embranchement sur le Mercon |
1000 |
1000 |
9000 |
Néant |
|||
4 |
De Prades à St
Martin |
2160 |
1000 |
1160 |
11120 |
Carrossable sur tout le parcours |
||
5 |
De St Martin au MortisonChemin
de Gde Con n°54 |
4800 |
2400 |
2400 |
19200 |
Carrossable sur tout le parcours |
||
6 |
De la Roque à St
Martin |
1000 |
1000 |
7000 |
Carrossable sur tout le parcours |
|||
Dans le tableau qui précéde, le chemin N°1 est seul
compris dans le réseau des chemins vicinaux à construire
dans un délai de 10 ans à partir du 1er Janvier 1905.(Décision
du conseil Général du 8 Octobre 1903)
Pour les dépenses concernant la construction définitive
de ce chemin soit 99250(terrains : 6900, travaux 92350) la Commune
fournira 1492 Francs.
Pour faire face aux travaux exécutés et fournir sa quote
part elle s’est imposée jusqu’ici savoir : emprunt
de 7000 f à la caisse vicinale pendant 30 ans (8 Novembre 1882)
emprunt de 3250 francs à la caisse des retraites pendant 30
ans (14 décembre 1901)
Beaucoup de progrès ont été réalisés à ce
point de vue depuis une trentaine d’années.
Jusque vers 1860, la commune, desservie par le bureau de poste
de St Germain de Calberte située à 25 km de Lunés,
avait un seul facteur attaché à son service.
Ce facteur apportait ou prenait lui-même le courrier à St
Germain.
De 1870 à 1880 le facteur de la commune ne va plus jusqu’à St
Germain. Il reçoit au Pendedis le paquet de St Martin, apporté de
St Germain par un facteur venu spécialement à cet effet.
En 1880, un deuxième poste de facteur est créé.
A partir de cette époque le premier facteur ne dessert plus
que les localités comprises entre le Pendedis et le Mas Villars.
Le deuxième dessert l’autre partie de la commune. Le service
postal s’effectue alors régulièrement, mais avec
beaucoup de lenteur encore. Une lettre expédiée de Lunés à Alais
met 3 jours pour parvenir au destinataire.
Comme les colis postaux passent par deux ou trois mains pour arriver jusqu’au bureau ou pour parvenir, que le bureau de St Germain n’est desservi que par des courriers en voiture, ils mettent beaucoup de temps pour arriver à destination. Impossible de lire les journaux du jour. Un journal paru à Alais à 6h1/2 du matin arrive à St Martin le lendemain à midi, au Lunés à 3 ou 4 heures du soir tandis que dans les localités voisines, mais situées dans le Gard et reliées aux bureaux de la Grand Combe ou de Cendras, il arrive le jour même et de bonne heure au Roubarbel à 10 heures du matin, à Mandajors, à 11 heures, à la Melouze à midi.
Depuis le 16 décembre 1904 la Commune est desservie par le bureau
de poste du Collet de Déze.
Un facteur apporte la correspondance du Collet au Camp et dessert
les localités comprises entre le Camp et le Pendedis. Il part
du Collet à 7 heures du matin arrive au Camp à 9 ou 10
heures.
Un deuxième facteur a la tournée de Poulassargues-Pomeirols-St
Martin-Le Lunés.
Un troisième celle de Prades-La Roque-le Mas Huc-Espinassonnels.
Cette nouvelle modification dans le service postal a eu pour
résultat d’avancer de deux heures la distribution du courrier.
Elle a été surtout profitable aux facteurs particulièrement à celui
qui desservait avant le 16 décembre 1904 la partie basse (Lunés-Mas
Huc)
Souvent du 1er décembre à la fin Janvier, il ne rentrait
pas chez lui avant 9 ou 10 heures du soir.
Quelquefois même il ne pouvait terminer sa tournée le
jour même et il était obligé de visiter certains
quartiers le lendemain matin.
Nous espérons qu’à la belle saison le public retirera
aussi quelque profit de ce changement dans le service
L’administration des postes voudra bien sans doute retarder de 2 heures le départ au Collet du facteur du Camp, le fixer à 9 heures, après l’arrivée des courriers du matin de Saint-Cécile d’Andorge et de Florac. Les habitants de St Martin pourront ainsi recevoir les journaux du jour et n’auront plus guère à désirer sous le rapport du service postal.
D’après les recensements faits dans la Commune depuis
1851 la population a été successivement :
En 1851 de 1093 habitants
En 1861 de 839 habitants
En 1866 de 833 habitants
En 1872de 801 habitants
En 1876 de 751 habitants
En 1881 de 739 habitants
En 1886 de 745 habitants
En 1899 de 701 habitants
En 1901 de 590 habitants
Les valeurs suivantes ne sont pas extraites du document de 1905!!!
En 1906 de 584 habitants
En 1911 de 577 habitants
En 1931 de 470 habitants
En 1936 de 378 habitants
En 1944 de 340 habitants
Tous ces recensements celui de 1886 excepté qui accuse l’insignifiante augmentation de 6 âmes sur celui de 1881, indiquent une diminution constante de la population. La cause en est dans l’émigration vers les cités industrielles d’Alais et de la Grand Combe qui n’a cessé de se produire depuis 1852.
Répartition par professions ( d’après le recensement
de 1901)
Répartition de la population par Age, Sexe, Etat civil et Profession
La population de la commune se réparti de la façon suivante.
Répartition par âge et sexe |
||||||||
Ages |
Hommes |
Femmes |
Total |
|||||
Au dessous de 10 ans |
55 |
46 |
101 |
|||||
De
10 ans à 20
ans |
42 |
50 |
92 |
|||||
De
20 ans à 30
ans |
33 |
44 |
77 |
|||||
De
40 ans à 50
ans |
39 |
28 |
67 |
|||||
De
50 ans à 60
ans |
35 |
29 |
64 |
|||||
De
60 ans à 70
ans |
37 |
38 |
75 |
|||||
De
70 ans à 80
ans |
37 |
31 |
68 |
|||||
De
80 ans à 90
ans |
24 |
13 |
37 |
|||||
Au dessus de 90 ans
|
4 |
5 |
9 |
|||||
Dans le tableau précédent on voit que le nombre âgé de
plus de 60 ans est très élevé : 114 sur 590. On
peut conclure que les habitants de Saint Martin vivent en général
longtemps.
Ce résultat est dû en grande partie à la sobriété des
habitants et à la salubrité du pays.
Répartition par état civil |
||||||||
Ages |
Hommes |
Femmes |
Total |
|||||
Célibataires
de moins de trente ans |
124 |
112 |
236 |
|||||
Mariés
de moins de trente ans |
7 |
13 |
20 |
|||||
Veufs de moins de trente ans |
0 |
1 |
1 |
|||||
Célibataires
de plus de trente ans |
22 |
8 |
30 |
|||||
Mariés
de plus de trente ans |
35 |
29 |
64 |
|||||
Veufs de plus de trente ans |
30 |
34 |
64 |
|||||
Le célibat n’est guère en honneur à St Martin de Boubaux. Cela tient aux conditions du milieu qui poussent autant que les inclinaisons personnelles les habitants vers le mariage. Les maisons sont presque toutes dispersées et isolées. Le célibataire condamné à y vivre dans la solitude s’ennuie et éprouve bientôt le dessein de chercher une compagne. Son intérêt d’ailleurs l’oblige à en avoir une. Les maisons où il n’y en a pas de ménagère ne prospèrent jamais. Le propriétaire juge toujours inutile de travailler pour des héritiers qui lui sont indifférents et il se préoccupe de gagner juste de quoi vivre.
Propriétaires exploitants 113
Fermiers agricoles 28
Ouvriers agricoles 33
Do6mestiques agricoles 6
Scieurs de long 2
Menuisiers 2
Maréchaux-Ferrants 1
Charcutiers 4
Epiciers 5
Boulangers 1
Meuniers 3
Toituriers 4
Cordonniers 4
Hotels-Café 4
Tailleurs d’habit 1
Couturiéres 3
Débitants de tabac 1
Cantonniers 1
Facteurs de poste 2
Curé 1
Pasteur de l’Eglise réformée 1
Instituteurs ou institutrices publiques 5
Maçons 3
Sans profession 361
Total 590
C’est à l’agriculture que s’adonnent presque tous les habitants de la Commune. Il y a peu d’industriels et de commerçants et encore sont-ils en même temps cultivateurs.
Le premier courant d’émigration, dont nous ayons connaissance, a commencé à se produire vers 1830. A partir de cette époque des hommes et des femmes quittent, chaque année au mois d’Avril la Commune de Saint martin de Boubaux et s’en vont, pour quatre à six semaines, dans le département du Gard s’occuper de l’élevage des vers à soie.
A partir de 1852 cette émigration diminue sous l’influence de la crise séricicole. Il s’en produit alors une nouvelle, mais non périodique et régulière comme la précédente. Des jeunes gens, quelquefois des familles entières, s’en vont se fixer dans les villes voisines, à Alais et surtout à la Grand Combe, où d’importants gisements de houille ont été découverts. Ces émigrants là ne reviennent pas. Rapidement séduits par l’activité et l’animation des villes, ils perdent bientôt le souvenir de leur village. La vie monotone des dans leurs montagnes ne présente pour eux plus d’attraits. Aussi sont-ils bien rares ceux qui retournent au pays natal pour y vivre en paix leurs vieux jours.
Depuis une vingtaine d’années il y a tous les ans une nouvelle émigration. A la fin de l’été plus de 140 personnes, hommes, femmes et enfants, vont dans le midi, pour les vendanges et y séjournent 20 à 30 jours environ.
Par les émigrations périodiques le montagnard de St Martin de Boubaux rappelle dans une certaine mesure à la pauvreté du territoire de la Commune. Malheureusement le courant qu’entraîne les habitants vers les villes voisines se développe d’une façon inquiétante et menace de compromettre gravement l’avenir du pays..
Le prix de revient de plus en plus élevé des produits agricoles, l’augmentation constante de l’impôt foncier, l’attrait des villes, la perspective d’y trouver un travail moins pénible et plus rémunéré en sont les causes principales.
L’immigration paraît avoir commencé à se produire avant l’émigration. Au commencement du XIX eme siècle on trouve tous les ans dans la commune beaucoup de montagnards de la haute Lozère, venus pour servir comme domestiques.
C’est en automne, au moment de la récolte des châtaignes, qu’on les voit arriver. Les propriétaires vont les chercher au Hameau des Ayres dans la commune de Saint André de Lancize les premier et deuxième dimanche d’Octobre(Dans cette localité il y a chaque année en Octobre d’importantes réunions, des grandes logues, comme on dit dans le pays, qui permettent aux agriculteurs cévenols et aux montagnards de la haute Lozère désireux de se louer comme domestiques, de se rencontrer.) La plupart séjournent ordinairement 3 mois dans la commune, les autres y restent toute l’année.
Vers 1852 les mêmes causes qui déterminent un mouvement
d’émigration mettent un frein à l’immigration.
Pendant toute la seconde moitié du XIX eme siècle le
nombre des immigrants diminue d’année en année.
Aujourd’hui on en compte plus guère que 25 en automne
et 3 pendant le reste de l’année.
Emigrants |
Immigrants |
|||||||
Pour les vers à soie |
Pour les vers à soie |
|
||||||
Hommes
|
Femmes
|
Enfants
|
Hommes
|
Femmes
|
Enfants
|
Hommes
|
Femmes
|
Enfants
|
64
|
23
|
20
|
68
|
16
|
60
|
21
|
2
|
2
|
Total :107 |
Total: 134 |
Total: 25 |
Sont considérées comme enfants les personnes âgées de moins de 15 ans.
Le territoire de la Commune est partagé en 316 propriétaires que l’on peut classer de la façon suivante :
Superficie de l’exploitation Nombre de propriétaires
Plus de 200 hectares 1
De 50 à 200 hectares 2
De 30 à 50 hectares 13
De 10 à 30 hectares 79
Moins de 10 hectares 221
Total 316
Il faut remarquer que la plupart de ces propriétés,
surtout les plus étendues, comprennent de vastes espaces à peu
prés improductifs : landes, bois.
A cause de cela elles peuvent être considérées
presque toutes comme des petites propriétés.
Sur ces 316 propriétaires plus de 100 n’habitent pas la
commune. Sur ce nombre plus de la moitié n’ont pas de
fermiers.
Chaque propriété est généralement formée
de plusieurs lots. Ce morcellement est du aux pratiques successorales
en usage. Ordinairement tous les enfants dans chaque famille, prennent
la part de la propriété qui leur revient et partagent
dans ce but chaque pièce de terre : châtaigneraies, bois,
prés ou jardins.
Nombre de propriétaires en 2006 : 267
Le faire valoir familial est le mode d’exploitation le plus
répandu dans la commune de Saint Martin de Boubaux.
Le faire valoir exclusivement patronal n’est pas du tout en usage
mais le mode familial et patronal à la fois est employé par
une trentaine de propriétaires ou fermiers qui cultivent leurs
terres avec l’aide de domestiques ou de journaliers.
Les domestiques, hommes et femmes ne sont généralement
loués que pour la récolte des châtaignes. Dans
6 exploitations seulement, on trouve un domestique toute l’année.
Les journaliers recrutés parmi les petits propriétaires
sont occupés au moment des travaux pressants, pour la récolte
des châtaignes, pour les vers à soie ou pour les plantations
de légumes. Leur nombre et le temps pendant lequel ils sont
employés varient avec l’importance de la récolte
ou des travaux à effectuer. Ils sont 30 à 41 environ
parmi lesquels 20 à 25 hommes, 6 à 10 femmes, 4 ou 5
enfants. Chacun d’eux fait en moyenne 40 à 50 journées
de travail par an.
Des fermiers et des métayers exploitent les terres de propriétaires
qui n’habitent pas la Commune.
Il y a 23 fermiers détenant 540 hectares de terres pour lesquels
ils paient environ 750 francs de redevance annuelle et 5 métayers
pour 240 hectares. Les métayers partagent, ordinairement, avec
les propriétaires les récoltes principales : châtaignes,
cocons, vin et le produit des animaux domestiques, celui des volailles
et lapins exceptés, qui est totalement abandonné au locataire.
Il y a un demi-siècle, l’agriculture était très
prospère dans la commune de Saint Martin de Boubaux. Les châtaigniers
admirablement soignés, produisaient d’abondantes récoltes,
les vers à soie donnaient des produits très rémunérateurs.
Les autres cultures, quoique moins importantes : seigle, blé,
plantes fourragères, légumes n’étaient pas
négligées et ne l’était pas davantage l’élevage
du bétail : porc, mouton, chèvre, ainsi que celui des
abeilles.
C’est que l’agriculture était l’unique ressource
des habitants de St Martin et comme ils étaient très
nombreux( il y avait 1093 habitants en 1851), que le pays était
totalement dépourvu de routes carrossables, ils étaient
obligés de se suffire à eux-même pour les vivres
et par conséquent de les produire sur place et d’en produire
beaucoup.
Vers 1850 cette ère de prospérité fut brusquement
tranchée. Les maladies des vers à soie : la férine,
la muscardine et la Placherie font leur apparition et dévastent
les magnaneries. En quelques années la sériciculture,
qui constituait une des principales ressources du pays, disparaît
presque complètement.
Un courant d’émigration, qui entraîne la population
vers les villes voisines, se produit aussitôt, le prix de la
main d’œuvre s’élève considérablement.
L’agriculture commence à dépérir.
Depuis, l’émigration s’est accentuée, le
prix de la main d’œuvre a continué à s’élever,
les impôts ont augmenté, le prix de vente des produits
de la terre a baissé. La culture du ver à soie a bien été reprise
après les découvertes de l’illustre Pasteur, mais
beaucoup de mûriers ayant péri faute de soins ou par suite
de maladies, elle n’a pu se développer comme autrefois.
Le pays s’appauvrit de jour en jour, les espaces cultivés
diminuent, les productions aussi.
Autrefois, le territoire tout entier de la Commune, sauf les
endroits hérissés de rochers, était productif.
Le lit des torrents était même acquis à la culture,
les habitants, rudes travailleurs, y construisaient au prix de pénibles
travaux des barrages pour arrêter la terre végétale
entraînée par les eaux. Sur cette terre accumulée
ils plantaient châtaigniers ou des mûriers qui prospéraient
toujours sur ces couches fertiles.
Aujourd’hui de vastes étendues sont abandonnées,
livrées à la nature, à la végétation
spontanée. Les propriétaires sont obligés de les
laisser improductives parce que la difficulté des transports,
le prix élevé de la main d’œuvre, en rendent
la culture onéreuse.
La culture du Châtaignier est de beaucoup la plus importante.
Elle l’est par l’étendue qu’elle occupe (
des 3139 hectares qui forment le territoire de la commune, 800 sont
couverts de châtaigniers) ; elle l’est par la valeur de
la récolte des châtaignes qui peut être évalué à 2401
quintaux métriques de châtaignes sèches et par
l’importance des autres produits : bois, ramée, etc, en
un mot par les nombreux et importants services qui nous rend le châtaignier,
cet arbre précieux, celui qu’on pourrait appeler, l’arbre
de diamant si la dénomination d’arbre d’or convient
réellement au mûrier.
La châtaigne, son fruit, est la meilleure des denrées
récoltées dans le pays. Pour l’homme elle est une
excellente nourriture, qu’il la consomme fraîche, grillée
ou simplement bouillie, avec ou sans l’écorce ou qu’il
la consomme sèche, décortiquée, cuite dans l’eau
sans aucun assaisonnement.
Fraîche, bouillie, elle figure sur la table à l’heure
des repas, souvent plusieurs fois par jour, pendant trois mois environ.
Sèche, elle constitue chaque jour pendant trois ou quatre mois
de plus, le plat principal d’un repas sur trois. Grillée,
elle est pendant les grandes veillées de l’hiver, les
jours ou l’on reçoit des voisins ou des amis, le mets
exquis qu’on leur offre avec quelques verres de piquette ou du
vin de pays.
Pour les animaux de la ferme elle est d’une grande valeur. On
en donne aux cochons de fraîches, crues ou cuites, avec ou sans écorce,
et de sèches décortiquées. C’est leur nourriture
favorite. Aussi est-ce avec des châtaignes qu’on les nourrit
pendant trois ou quatre derniers mois de leur existence alors que, à cause
de leur embonpoint, ils ne mangeaient guère d’autres denrées
et augmenteraient bien peu en poids, et c’est alors que leur
engraissement est de beaucoup le plus rapide.
Les charcutiers recherchent les cochons engraissés ainsi, car
leur viande est bien meilleure que celle des animaux de cette espèce
qui n’ont pas consommé de châtaignes, surtout de
ceux qui ont été nourris de tourteaux pendant les derniers
mois.
Les purées, les meilleures que l’on puisse faire pour
les autres animaux : brebis qui allaitent, moutons à l’engrais,
chèvres qui ont du lait, c’est avec la farine de châtaigne
qu’on les fait.
En outre réduite en farine, avec quelques précautions,
la châtaigne, avec quelques précautions faciles à prendre
pour la protéger contre la larve d’un insecte qui en est
très friand peut très bien se conserver et l’on
peut ainsi en avoir toute l’année.
En été et en hiver surtout, les fagots de ramée
qu’on fait de branches de châtaignier ou de ses rejetons
et qu’on donne, verts ou secs aux chèvres et aux moutons,
sont de la plus grande utilité.
Le bois de châtaignier est précieux. Il constitue notre
meilleur bois de charpente. Il est recherché pour les travaux
de menuiserie : confection des portes et fenêtres, etc. pour
la vannerie : fabrication des corbeilles pour les paysans, les marchands
de légumes et des grands paniers en usage dans les mines. Il
sert aussi à la confection des cercles de tonneaux, des échalas,
des merrains de petite dimension. On en tire de la teinture et des
extraits tanniques dont l’usage se répand de plus en plus
dans l’industrie du tannage.
Ses feuilles et ses hérissons servent à faire presque
tous les composts et, de plus ses feuilles constituent à peu
prés l’unique litière des animaux de la ferme.
Le châtaignier a encore l’avantage d’être l’un
des arbres les moins exigeants. Il s’accommode des terrains les
plus ingrats, impropre à toute autre culture forestière
ou agricole et, pour peu qu’on prenne soin de lui, qu’on
le fume surtout assez régulièrement, il se développe
et fructifie considérablement.
Un tel arbre mérite qu’on examine comment on le cultivait
jadis, comment on le cultive aujourd’hui, et comment on devrait
le cultiver.
Là où ils ne pouvaient faire des jardins ou des champs,
dans les endroits les plus escarpés et les plus rocheux où l’on
trouvait un peu de terre végétale ou bien, où l’on
pouvait en apporter assez pour faire pousser un arbre, nos pères
plantaient un châtaignier et faisaient ensuite au-dessous un
mur pour y fixer la terre et l’arbre. Toutes les châtaigneraies
situées sur des pentes rapides étaient étayées
par des murailles colossales, disposées en gradins, qui existent
encore en partie aujourd’hui.
Pour protéger contre tout ravinement on creusait et on maintenait
assez profondes, des rigoles transversales, légèrement
en pente, destinées à recueillir les eaux de pluies torrentielles
et à les conduire au ruisseau.
Tous les agriculteurs débarrassaient avec soin le châtaignier
des broussailles et des rejetons. Ils l’élaguaient régulièrement.
Dans les endroits propices, ils labouraient à la bêche
les châtaigneraies pour les faire produire davantage tout en
faisant une culture de seigle ou de blé, ils fabriquaient sur
place des composts avec les feuilles et les hérissons des arbres
ramassés avec soin et ajoutaient quelques faix de fumier de
mouton pour compléter la fumure.
Nos pères faisaient ainsi dans la première moitié du
XIX eme siècle et c’était à qui le ferait
le mieux, à qui soignerait le mieux ses châtaigneraies
comme d’ailleurs toutes les cultures.
Ainsi font encore quelques cultivateurs malheureusement trop
rares.
D’une manière générale, ils n’imitent pas, ils ne pas les xxxx travailleurs d’il y a un demi-siècle. La main d’œuvre est devenue trop rare pour qu’il soit possible de le faire. La commune ne possède plus que 590 habitants et sur ce nombre une centaine environ s’en vont passer à l’époque des vers à soie et celle des vendanges deux à trois mois dans les départements du Gard et de l’Hérault.
En 1850 pour ne parler que d’un passé parfaitement connu
de nos octogénaires et septuagénaires, un domestique
homme gagnait à peine 150 francs par an. Maintenant, il gagne
400 francs et ne vaut pas celui d’autrefois.
Il a moins de subordination ; il est plus souvent distrait de
son travail et coûte beaucoup plus à nourrir.
Le prix des de bien des denrées, des châtaignes surtout,
a baissé considérablement depuis cette époque.
Cela étant, les agriculteurs ne peuvent plus cultiver le châtaignier
aux endroits peu fertiles et difficilement accessibles ; ils ont déjà de
la peine à entretenir les châtaigneraies les plus productives
auprès des habitations. Leur mieux est de vendre à l’état
les grandes étendues presque abandonnées et improductives
et de s’appliquer à cultiver le reste de leur mieux.
Le châtaignier doit être débarrassé régulièrement des broussailles, des rejetons et de toutes les branches inutiles ou nuisibles.
Les broussailles vivent en prenant à la terre des éléments
nutritifs dont le châtaignier a besoin.
En outre en cachant les châtaignes elles en rendent l’amassage
difficile et coûteux et font toujours perdre une partie de la
récolte. Certainement, elles ont la propriété de
fixer le sol, de favoriser l’éparpillement et l’infiltration
des eaux et de les empêcher de raviner les terres pendant les
fortes pluies. Mais on peut et on doit les enlever sans crainte si,
on a le soin d’en laisser de distance en distance dans les éclaircies
de châtaigniers, des bandes très étroites, formant
comme des haies vives, ou de faire des broussailles arrachées
des barrières horizontales dans le même but.
Ici une question se pose :
Vaut-il mieux les arracher toutes, au-dessous et autour des
arbres, n’en point brûler, ou arracher seulement celles
qui sont au-dessous des châtaigniers et brûler les autres
avec les arrachées ?
La seconde manière d’opérer est évidemment
plus expéditive, mais parce qu’elle expose fort le propriétaire,
même très prudent, à incendier des arbres, parfois
des châtaigneraies tout entières, parce que, des broussailles
brûlées il ne reste presque rien pour les châtaigniers,
qu’en ne les brûlant pas, elles fournissent en se décomposant
une certaine quantité d’humus dont les arbres doivent
profiter nous préférons la première méthode à la
seconde.
Cependant si l’on était très ^pressé d’agir,
si, n’ayant par exemple, que peu de temps à jouir d’une
propriété, on roulait que les arbres de réveilloné se
reprennent, se développent promptement, il faudrait brûler
les broussailles. Leurs cendres formées de chaux et de potasse,
produiraient bientôt leur effet, un bon effet, car les éléments
qui les constituent sont aussi énergétique qu’utiles.
Les rejetons ou gourmands doivent être enlevés avec soin.
Il faut simplement conserver ceux qui sont destinés à remplacer
les arbres devenus vieux et improductifs.
Les rejetons méritent bien le nom de gourmands. Ils arrêtent
au passage la sève et si on les laisse faire, ils ont vite usé l’arbre
sur le pied duquel ils vivent.
L’élagage rationnel de la tête de l’arbre
ne doit pas être non plus négligé. Beaucoup de
cultivateurs ignorent malheureusement que toute branche, gênée
par une autre ou qui n’a pas assez d’air ou de lumière,
vit, grandit plus ou moins mais ne fructifie que peu ou point et doit
par suite être enlevée.
Les rejetons et les branches nuisibles enlevées, la sève
qui les aurait nourris, s’en va dans les branches fructifères
pour en augmenter le développement et la fructification.
Quelle est la meilleure époque de l’année pour
pratiquer l’élagage ?
Cette question qui n’est pas sans importance, divisent les agriculteurs.
Les uns pensent que c’est au printemps qu’il faut tailler
les arbres, aussitôt que les bourgeons sont assez développés
pour qu’il soit possible de distinguer les branches vigoureuses
des mortes et des souffrantes, c’est à dire celles à conserver
de celles à enlever. Les autres disent que la meilleure époque
pour la taille c’est le mois de Septembre.
Les premiers soutiennent que l’arbre est au printemps très
vivant, que sa sève circulant alors avec force, ses blessures
seront vite cicatrisées.
Comme preuve que les châtaigniers se trouvent très bien
de l’élagage du printemps ils ignorent la belle couleur
vert sombre que les arbres taillés ne tardent pas à prendre.
Enfin ils allèguent que les arbres sont bien moins exposés à souffrir
du froid que ceux élagués à l'automne.
Les autres, à notre avis, ont quand même raison. Les arbres
taillés en automne poussent au printemps suivant plus vigoureux
que ceux qui viennent d’être élagués. Des
pousses inutiles ne sont pas sorties durant l’hiver, les branches
conservées à l’automne sont seules à profiter
de la sève et celle –ci ne se perd pas, comme sur les
arbres fraîchement taillés par des plaies non cicatrisées.
Nous ne croyons pas beaucoup que les arbres taillés à l’automne
aient beaucoup plus à souffrir des grands froids que ceux taillés
au printemps ; toujours est-il que nous n’en avons pas encore
vu périr ainsi.
Un avantage très appréciable de l’élagage
d’automne c’est qu’il fournit une ramée précieuse
pour la nourriture des moutons et des chèvres.
L’élagage d’automne n’aurait-il que cet avantage
qu'il faudrait à notre avis le pratiquer d’une façon
exclusive tant nous paraît grande la valeur de cette ramée.
Verte ou sèche, bien préparée et conservée
elle peut permettre, en hiver, aux agriculteurs non seulement de faire
traverser à leur troupeau des périodes de disette de
foin, mais de nourrir un plus grand nombre de têtes de bétail
et de varier avantageusement leur nourriture.
A ce sujet, que nous considérons comme agriculteur qui ne calcule pas, qui ne raisonne pas, celui qui préfère élaguer au printemps. Il n’y a qu’un cas où l’élagage de printemps s’impose : c’est lorsque les arbres sont souffrants parce qu’ils ont trop de branches ou de rejetons à nourrir dont on n’a pas pu faute de temps, les débarrasser en automne.
Ce qu’il importe de ne pas oublier dans la culture du châtaignier,
c’est de le fumer au moins quelque peu.
Dans les terres cultivées, fumées régulièrement
et sur leurs bords dans les endroits tels que sur le lit des torrents,
fertilisés par les eaux, les châtaigniers se développent
d’une façon considérable et avantageuse.
Un arbre peut y donner 4 à 5 et même 6 doubles décalitres
de châtaignes fraîches de première qualité,
tandis qu’ailleurs, dans les endroits non fumés il en
donne dix, quinze ou vingt fois moins, de qualité bien inférieure
et d’un ramassage plus coûteux.
Fumons donc le châtaignier. Grâce à l’avantage
que nous fournit l’emploi des engrais chimiques, cela est aujourd’hui
plus facile qu’autre fois.
Il n’y a qu’à faire, dans les châtaigneraies
labourées des composts sur place comme faisaient nos pères
avec les feuilles, les hérissons, les fougères et même
les broussailles, à y ajouter pour les compléter ou les
rendre plus énergiques de l’engrais chimique dont le transport
est peux coûteux puisque 50 kilos de cet engrais peuvent produire
l’année de leur emploi les mêmes effets que 50 faix
de fumier de 50 kilos chacun ; puis à appliquer cette fumure
en semant du seigle sous les arbres, en plantant des topinambour ou
simplement en l’enterrant sans rien semer.
Mais il vaut mieux, ce nous semble, cultiver quelques plantes
sous les châtaigniers, parce que l’on est ordinairement
payé tout de suite de sa peine par la céréale
ou le légume cultivé, et plus disposer à les fumer.
Le topinambour, appelé autrefois la pomme de terre du pauvre,
qui prospère là où la pomme de terre ne viendrait
pas, qui ne craint pas les gelées et peut être arraché seulement
au moment des besoins, qui se sème de lui-même si l’on
a soin à la récolte de laisser quelques petits tubercules à chaque
pied, est une plante que l’on ne serait trop recommander pour
les châtaigneraies labourables.
On pourrait aussi maintenir fertiles ou reconstituer ces châtaigneraies
en y cultivant de temps à autre un engrais vert, lupin, seigle,
pois, et en l’enterrant avec un peu d’engrais chimique.
Telle est la manière suivant laquelle on devrait cultiver les
châtaigneraies dans tous les endroits susceptibles d’être
labourés. Après les nombreux essais que nous avons faits
avec les engrais chimiques dans ces châtaigneraies, elle nous
paraît la plus propre pour les maintenir ou les rendre fertiles.
En voici une preuve parmi beaucoup d’autres.
En 1894, M Laporte, propriétaire à Lunés, après
avoir dans sa châtaigneraie de Labrit, enlevé les broussailles
et les pierres sur une trentaine d’ares a labouré et ensemencé en
seigle cette surface ou de mémoire d’homme, on n’avait
jamais promené ni la bêche ni la charrue.
En 1897,avec le concours du propriétaire et sous la direction
de M le Professeur départemental d’agriculture, nous avons
fait semer du seigle pour expérimenter les engrais chimiques.
En 1900, nous avons refait notre expérience qui avait et qui
a de nouveau réussi à merveille.
En 1902, M Laporte y a cultivé des « Jarosses d’Auvergne ».
Résultat : le champ est tout gazonné, si bien que si
on le fumait en hiver, on pourrait en été y faucher de
l’herbe. La châtaigneraie hier très médiocre,
est aujourd’hui très prospère. Les arbres pour
lesquels on a défriché et cultivé cet espace et
qui, auparavant, n’avaient rien de particulier sur les châtaigniers
d’alentours, forment maintenant en été, un ilote
de verdure, une petite » maziére ».
Leur production s’est considérablement élevée et ne manquera pas de grandir si on continue à les fumer régulièrement tous les deux ou trois ans.
Nous avons fait des essais analogues dans les communes de Soustelle
et de saint Paul Lacoste et sur des terrains aussi pauvres que
les précédents. Malheureusement les propriétaires
n’ont pas, faute de temps, continué à les cultiver
sans quoi ils auraient obtenu les mêmes résultats que
M Laporte, car nos essais y avaient produit les mêmes effets.
Le mot « maziéres » sert à désigner
ici les châtaigneraies fertiles qui entourent les habitations.
Il est plus facile à nous qu’il ne l’était à nos
pères de conserver ou d’augmenter leur prospérité.
Si nous sommes moins favorisés par les prix de la main d’œuvre
et celui des denrées agricoles, en revanche nous avons sur le
rôle et la propriété du fumier de ferme, des engrais
industriels, des engrais verts, sur la composition des terres et sur
la dominante des plantes, des connaissances que nos prédécesseurs
ignoraient et qui nous permettent de mieux cultiver, de fertiliser
davantage nos terres, champs et jardins et en même temps indirectement
les châtaigneraies qui les avoisinent.
Il y a dans la commune une dizaine d’espèces de châtaigniers
Le « Pelegri », le « Figaret », le « Rabaîres »,
et le « Pairézion » sont les arbres les plus communs
et les plus importants.
Le Pélégri produit le plus et les Pélégrines,
ses châtaignes, grosses et savoureuses, sont de beaucoup les
plus estimés ; on les réserve entièrement à la
consommation de l’homme, et on vend la plus grande partie.
Le Figaret est hâtif et son fruit d’assez bonne qualité.
Les deux autres sont aussi deux bonnes espèces
Le Pélégri et le Rabaîrés occupent ordinairement
les parties les plus basses et les deux autres les parties les plus élevées.
Est-ce que les agriculteurs en plantant ou en greffant leurs
châtaigniers tiennent assez compte des aptitudes de chaque espèce
au point de vue de l’altitude, de l’exposition et de la
nature du sol ?
Pas toujours. Il serait désirable, ce nous semble, que de nombreux
essais comparatifs, provoqués par les municipalités,
fussent faits, non seulement avec les espèces du pays, mais
avec des espèces particulières à d’autres
régions, car il peut se faire que nous ne possédions
pas celles qui pourraient être pour nous les meilleures.
Nous étions restés jusqu’à présent
très content de nos espèces de pommes de terre, croyant
qu’il n’y avait pas mieux et voilà que nous les
abandonnons après avoir essayé d’autres qui nous
paraissent meilleures.
Pourquoi ne pourrait-il pas en être de même du châtaignier
? En tout cas l’étude des espèces mettrait en lumière
les qualités et les aptitudes de chacune d’elles et supprimerait
les erreurs qui se commettent à ce sujet.
Une partie de la récolte, le tiers environ, est livrée
fraîche à la vente ou à la conservation. Le reste
subit auparavant une préparation dont le but est d’en
assurer la conservation.
On fait sécher les châtaignes dans les locaux à ce
destinés, appelés séchoirs, en patois « cléde » mot
qui vient de claie. Puis on les décortique. Pour cela on les
introduit par petites quantités dans des sacs de forte toile
que deux hommes saisissent chacun par une extrémité et
frappent à coups redoublés sur un billot, pour réduire
l’écorce en poussière. Celle-ci est ensuite enlevée
au moyen de vans. Cette opération qui est très longue
et fort pénible constitue toujours pour les hommes qui y prennent
part une rude corvée. Aussi sont-ils de plus en plus nombreux
ceux qui évitent d’y participer.
On a beau offrir bonne chaire, donner du vin à volonté,
il devient de plus en plus difficile de trouver des volontaires pour
le décorticage des châtaignes Il n’en était
pas ainsi autrefois. , Les hommes, plus nombreux, plus habitués à la
peine, prenaient part à ce travail avec beaucoup de plaisir.
A ce mode de décorticage, qui est encore dans la commune le
seul en usage, on devrait substituer l’emploi, plus rapide et
plus économique des moulins à bras ou, ce qui vaut mieux
encore des moulins à eau.
A Vialas(Lozère) on utilise ces derniers depuis plus de trente
ans. Pourquoi les habitants de Saint Martin qui ont prés d’eux
des moulins à eau n’imiteraient pas ceux de Vialas ? Leur
intérêt est de le faire. Ceux qui trop éloignés
d’un moulin à eau ne peuvent pas en profiter, feraient
bien d’acheter un moulin à bras.
Si chacun ne peut le faire, qu’ils s’entendent, se cotisent
pour se procurer cet instrument ainsi qu’un tarare ; ils y gagneront
tous.
Plusieurs maladies cryptogamiques attaquent le châtaignier
; les trois principales sont : la maladie de l’encre ou pied
noir, la jaunisse et le javard. La première qui est connue
depuis une vingtaine d’années est de beaucoup la plus
redoutable. Aussi l’appelle t-on le plus souvent la « maladie
du châtaignier »
Par les grands ravages qu’elles ont causé dans plusieurs
régions de la France, elles ont parfois alarmé les
populations, au point de leur faire solliciter l’intervention
des pouvoirs publics.
A diverses reprises des savants compétents ont été délégués
dans les départements éprouvés pour y étudier ces
maladies, et, il n’y a que quelques années, M le Ministre de l’Agriculture
a même prescrit dans toutes les communes où vit le châtaignier,
une enquête sur cet arbre, sur ses maladies, sur les causes diverses
de sa disparition.
Au point de vue des maladies, la commune de Saint Martin de Boubaux est restée à peu
prés indemne. On voit bien par-ci par-là des châtaigniers
vieux ou jeunes, vigoureux même, sécher brusquement à leur
branches, puis tantôt périr tantôt à reprendre assez
rapidement après que qu’on leur a enlevé les branches.
Nous avons même vu un châtaignier gros, grand et jeune encore,
suinter au milieu du tronc non déchiré, sur l’écorce
lisse, un liquide qui se transformait tout de suite en écume blanche
très floconneuse, et cet arbre rester un an environ, languissant puis
se ressaisir.
Mais ces maladies( la première doit être la jaunisse, la seconde
le pourridié) n’ont encore sévie ici que d’une manière
insignifiante.
La destruction volontaire des châtaigniers soit en vue de la vente du
bois aux usines qui fabriquent l’extrait tannique, soit en vue d’établir à leur
place des terres à mûrier ou des jardins ne nous a presque pas
touché non plus. Notre éloignement des centres industriels et
le mauvais état de nos chemins ont jusqu’ici protégé nos
châtaigniers contre la convoitise de ces usines qui n’ont fait
chez nous que des achats sans importance. Pour ce qui est de remplacer le châtaignier
par le mûrier, on n’y songe plus, le temps en est passé,
la sériciculture n’est pas assez prospére ; on serait plutôt
disposé à faire le contraire.
Néanmoins nous devons quand même nous tenir au courant de ce qui
se fait, se dit et s’écrit au sujet de la prospérité ou
de la destruction des châtaigniers :Tôt ou tard les maladies peuvent
survenir et causer des ravages ; d’autres causes de destruction de cet
arbre peuvent surgir. C’est pour cela que nous allons nous occuper de
la greffe du châtaignier sur le chêne et sur le chêne vert.
L’idée de greffer le châtaignier sur le chêne n’est pas nouvelle. Dijon possède depuis très longtemps dans son jardin botanique un bel échantillon de châtaignier ainsi greffé. Dans les contrées ravagées et celles qui craignaient de l’être on a essayé à diverses reprises, cette espèce de greffage.
La société d’Agriculture de l’arrondissement d’Alais l’a bien souvent recommandé à ses nombreux adhérents. Malheureusement les résultats n’avaient été jamais satisfaisants et on avait annoncé dans une réunion de la société et dans le Bulletin, son organe, qu’il était complètement inutile de continuer ce genre d’essais de greffage.
Cette résolution était à peine prise que les
journaux apportaient la bonne nouvelle que M Prunet, professeur à la
faculté des Sciences de Toulouse, avait obtenu 75% de reprises
en greffant le châtaignier sur le chêne rouge des marais.
Ce beau résultat peut avoir les plus heureuses conséquences
; il nous permet d’espérer que le mode de greffage
de M Prunet peut être un bon moyen de protéger les
châtaigniers contre la maladie de l’encre qui est une
maladie des racines.
Ici on a essayé pendant trois années de greffer le
châtaignier sur le chêne vert, arbre très prospère
dans le pays. Les résultats ont été très
médiocres, les greffons ont vécu au plus quatre à cinq
mois. Malgré cela il ne faut pas se décourager et
cesser toute recherche. Peut –être parmi toutes les
espèces de châtaigniers il s’en trouve de plus
favorables à cette greffe que celles dont on s’est
servi. Peut-être dans la vie du chêne vert il y a une époque,
un age où il est plus apte à ce greffage.
Le greffage du châtaignier sur chêne vert pourrait,
s’il donnait des bons résultats, rendre un jour des
services inappréciables. La maladie de l’encre peut
se déclarer dans la commune et peut-être essayerait-on
alors en vain de reconstituer les châtaigneraies au moyen
de chênes rouge des marais. Le chêne rouvre se plait
guère dans le pays ; il n’en existe que quelques-uns
uns tout a fait chétifs. Le chêne rouge, encore inconnu
ici, pourrait lui ressembler.
On fera donc bien de continuer avec persévérance
les essais de greffage du châtaignier sur le chêne
vert. On ne doit pas oublier que lorsqu’il s’est agi
de refaire pour le greffage les vignobles détruits par le
phylloxéra, si on avait greffé d’abord sur
le Berlandiéri et le Cordifolia, mauvais porte-greffes et
que devant la médiocrité des premiers résultats
on eut rejeté et condamné pour toujours le greffage,
on aurait commis une faute grave puisque le greffage sur d’autres
plants a relevé la viticulture.
Après l’enquête ministérielle sur le
châtaignier, les savants ont préconisé comme
moyen préservatif des maladies, les bons soins de culture
que nous avons indiqués et que nous recommandons à nouveau.
Car les maladies sont d’autant plus meurtrières que
les arbres sont peu résistants, ce qui arrive lorsqu’ils
souffrent du manque de soins ou de nourriture.
Comme conclusion à ce long et important chapitre que nous
aurions voulu pouvoir traiter avec toute la compétence désirable
nous répétons :
Il serait impossible si le châtaignier disparaissait de notre
sol, de trouver un arbre ou une plante capable de le remplacer,
de donner autant de bénéfice.
Nous pensons que sans cet arbre précieux le Cévenol
ne pourrait pas vivre dans ses montagnes au climat si sain, tandis
qu’avec lui et grâce à lui il peut prospérer
s’il le veut d’une façon satisfaisante.
Il faut apprendre aux agriculteurs à améliorer cette
culture. A notre avis, donner par l’école, par les
syndicats, par les conférences populaires, un bon enseignement
professionnel à tous, leur faire connaître les moyens
de faire prospérer leurs principales cultures est un des
procédés à employer pour arrêter la
décadence de l’agriculture.
Voilà pourquoi nous avons parlé si longuement du
châtaignier et que nous allons faire de même au sujet
de la sériciculture.
L’histoire de la sériciculture pour la commune de Saint Martin de Boubaux se confond avec celle de la région d’Alais et celle de la France, puisque Saint Martin de Boubaux fait partie de cette région d’Alais qui est, depuis longtemps, pour la production et la vente des cocons et de la soie la plus importante de France.
L’on admet comme probable que du Khostan, pays du Sud de
la chine, où ils étaient allés prêcher
le christianisme, deux moines grecs importèrent en 553,
pour leur pays, et au péril de leur vie, des graines de
mûrier et de vers à soie ; que la culture du mûrier
et élevage du ver à soie devinrent bientôt
florissante en Grèce puisque le Péloponnèse
perdit son nom d’île de Célops pour prendre
celui de Morcé, pays du mûrier. Seulement bien des
siècles après cette culture se répandit en
Italie ou elle devint très prospère à la fin
du XV eme siècle.
On admet également que les premiers mûriers blancs,
cultivés en France, ont été apportés
par les Croisés, au XIV eme siècle, ou par les Français à leur
retour de guerre d’Italie au commencement du XV eme. On sait
que Louis XI avait établi une fabrique de soie à Tours
et une autre à Lyon, il avait fait venir d’Italie
des métiers et des ouvriers, des maîtres-assistants
et filateurs pour enseigner la filature et l’ouvraison de
la soie. L’histoire conserve le nom d’un Maufron de
Castiglionne qui était venu de la nation voisine en 1466,
pour enseigner la filature.
Donc au temps de Louis XI on s’occupait en France de la culture
du mûrier ou bien on achetait à l’étranger
la matière première nécessaire aux fabriques
de Tours et de Lyon, et dans ce dernier cas, on devait songer sans
nul doute à introduire le plus vite possible chez nous cette
culture, à fin de pouvoir se passer de l’étranger,
pour les cocons comme pour les tissus de soie.
D’après un auteur séricicole, M Laurent de l’Arbousset, les premiers mûriers blancs apportés en France auraient été plantés vers 1500, à Alban prés de Montélimar, par Guy Pape, sieur de St Auban ; ils se seraient ensuite propagés rapidement d’abord en Provence et en Languedoc, puis dans tout le Sud et le Centre de la France, jusqu’à Paris même. Mais que l’origine de la sériciculture chez nous remonte aux Croisades ou aux guerres d’Italie toujours est-il quelle n’a fait , quoique encourager par François premier, Henri , la régente Catherione de Médicis, de réels progrès qu’après la période troublée des guerres religieuses, après l’Edit de Nantes et cela, grâce aux précieux encouragements accordés aux sériciculteurs par Henry IV, Sully et aux précieux conseils donnés par Olivier de Serres, gentilhomme de l’Ardèche dans son traité : La cueillette de la soie.
La guerre civile ayant repris sous Louis XIII successeur de Henri IV, la forte impulsion donnée à la sériciculture s’arrêta net pour ne reprendre qu’au temps de Louis XIV, avec Colbert qui revenant aux idées de Henri IV, fit payer une prime de 24 sols environ 5 francs de notre monnaie actuelle, pour chaque mûrier qui vivait 3 ans, accorda des exemptions d’impôts pour les terres à mûrier et en même temps encouragea de tout son pouvoir l’industrie de la soie.
Malheureusement la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 détruisit pour quelque temps la belle œuvre économique de Colbert. Tous les réformés ayant quelques ressources et quelque instruction quittèrent la France et bon nombre d’entre eux étaient parmi les meilleurs sériciculteurs. Cependant, vers 1700, l’agriculture et l’industrie sérigénes commencèrent à se relever. L’hiver de 1709 et les encouragements du roi Louis XV aidèrent beaucoup à leur développement. Pendant cet hiver rigoureux tous les oliviers du Languedoc et de la Provence furent gelés et on les remplaça par des mûriers. Louis XV poussait avec force à la culture de cet arbre. Il faisait distribuer gratuitement à qui en voulait, des plants provenant des nombreuses pépinières royales qui existaient alors à Nîmes et dans l’Angoumois, le Berry, l’Orléanais, le Poitou, le Maine et la Bourgogne. Il délivrait même des titres de noblesse aux meilleurs cultivateurs de mûriers, aux plus habiles éleveurs de vers à soie (un sériciculteur d’Alais en obtint un) aux filateurs et tisseurs les plus distingués. Il fournissait à ces derniers du matériel perfectionné, du système Vaucanson, à condition de filer ou tisser une certaine quantité de soie pendant dix ans.
En même temps paraissaient, pour diriger les ouvriers agricoles
et industriels de la soie, plusieurs traités : celui de
Boissier de Sauvage (François) en 1740, celui de Paumier
ingénieur des Ponts et Chaussées à Orléans,
en 1763, puis un deuxième de Boissier de Sauvage en 1778.
A cette époque les soies des Cévennes sont bien connues sous
le nom de trames et tramettes d’Alais. Les trames d’Alais sont
particulièrement recherchées pour la fabrication des bas.
Les chiffres suivants donnent une idée du développement de l’agriculture
et de l’industrie sérigéne en France depuis Colbert(1683) à la
révolution de 1789. La production des cocons au temps de Colbert était évaluée à 200
000 kgs et celle de la soie grège à prés de 18 000kgs.
Vers 1740 on récolte de 4 à 5 millions de kilos de cocons frais.
En 1790 la production séricicole est de 6 à 7 millions de kilos
de cocons qui produisent 500 000kgs de soie grège.
Décadente pendant les guerres de la Révolution, stationnaire
pendant celles du premier Empire, la sériciculture recommencera à se
relever vers 1820 pour entrer dans une période de prospérité inouïe
qui dura une trentaine d’années et qui forme la plus belle époque
de toute son histoire. Les causes en sont connues, les voici :
La vente des biens du clergé et des émigrés
déclarés nationaux, bien cédés parfois à des
prix dérisoires, avait permis à beaucoup de Français
de devenir propriétaires des terres qu’ils travaillent
auparavant comme domestiques ou fermiers.
En outre, n’étant plus dérangés par
les guerres, débarrassés de toutes les entraves à la
liberté du travail, maîtres désormais du fruit
de leur labeur et peu attirés vers le commerce et l’industrie,
alors peu développés, les paysans de la première
moitié du XIX eme siècle se livrèrent aux
travaux de l’agriculture avec une ardeur toute nouvelle.
En sériciculture on fit des prodiges. L’élevage
familial fut peu à peu remplacé presque partout par
l’élevage en grand ; on cessa d’élever
les vers à soie dans un coin de la cuisine ; on construisit
des locaux appelés magnaneries, où l’on pouvait élever
jusqu’à dix onces de graine ; on détruisit
de vastes et fertiles châtaigneraies dans les Cévennes,
pour y planter des mûriers, des arbres d’or comme on
les appelait, dont la culture était plus rémunératrice
; on abandonne la taille d’hiver qui consistait à enlever à l’automne
le bois mort aux mûriers et l’on se mit à tailler
ces arbres au printemps, de façon à leur faire produire
chaque année de longs jets et à faciliter ainsi l’amassage
de la feuille.
On abandonne en même temps la filature domestique, très répandue,
pour les grandes filatures qui se multiplient considérablement et existent
encore aujourd’hui mais dont beaucoup sont fermées.
La production de soie grège qui était de 500 000kg
en 1790 était de un million de kilos en 1830, de un million
et demi en 1840 et de 2 millions en 1853. Ce chiffre de 2 millions
marque la plus grande forte production. Depuis on n’a jamais
pu l’atteindre malgré les plus grands efforts qui
ont été fait dans ce but.
A Saint Martin de Boubaux comme dans toute la région d’Alès,
la sériciculture était aussi très prospère.
Ce qui l’atteste ce sont les dires de nos octogénaires,
ce sont ces bassines en fontes de 15 à 20 litres de capacité qui
existent encore dans les vielles maisons de tout le vallon et qui
servaient pour le dévidage des cocons avant que l’on
eut construit les filatures industrielles ; ce sont enfin ces deux
filatures ateliers que nous avons, l’une au centre de la
commune, à Poulassargues et l’autre au Martinet Commune
de St Paul la Coste(Gard) à un kilomètre seulement
de l’extrémité sud de notre commune. La première
qui date de 1830 filait les cocons de la partie haute de la commune
et l’autre qui était déjà célèbre
en 1828, son propriétaire M Chambon ayant inventé un
système de moulinage encore employé pour la production
des meilleures soies, filait les cocons de la partie basse.
A partir de 1853 la sériciculture tomba en décadence.
Elle était menacée depuis 1849. Le 28 Mars de cette
année là, la feuille de mûrier fut plus précoce
que jamais et entièrement gelée dans toutes les Cévennes.
La graine mise à l’incubation fut aussitôt portée
dans les caves à fin d’en retarder l’éclosion jusqu’aux
nouvelles pousses de mûrier. Les vers issus de cette graine furent chétifs
et les cocons que l’on conserva pour la graine donnèrent des papillons
très frêles, de la graine desquels on eut des vers encore plus
faibles que ceux de l’année précédente et qui périrent
en grand nombre avant d’avoir fait leurs cocons.
La mortalité fut encore plus grande l’année suivante. Les
vers étaient atteints de plusieurs maladies presque inconnues avant
1849, qui décimèrent de plus en plus les chambrées et
dont la plus redoutable était la pébrine, ainsi appelée
par les habitants du Languedoc à cause des taches noirâtres qui
parsemées le corps des vers et ressemblaient à du poivre, "pébré " en
langue d’oc.
Désespérant complètement de ne plus pouvoir obtenir de bons résultats avec les graines indigènes, les éducateurs de vers à soie en demandent d’abord à l’Italie, trois ans après à l’Espagne puis successivement, au Portugal, à la Turquie, au Caucase, au Turkestan et enfin à la Chine et au Japon. Des habitants de Saint Martin de Boubaux vont chercher en Turquie de la graine de vers à soie en 1857. M Martel Louis, envoyé par m Valcroze filateur à Poulassargues ; en 1858 m Hugon Julien instituteur à Saint Martin de Boubaux ; en 1809 M Courcier Edouard ; en 1860 M Courcier Emile. M Hugon Numa va même au Japon dans le même but en 1872.
La sériciculture avait donné de l ‘importance à Saint
Martin de Boubaux, non seulement par la production de cocons qui était
relativement grande par rapport à l’étendue
de la commune, mais comme centre pour la vente de la graine de
vers à soie dans les Cévennes.
Malheureusement toutes les graines d’où quelles vinssent étaient
bientôt mauvaises. La maladie comme on disait, suivait les
graineurs. Les échecs des magnaniers devenaient de plus
en plus graves et nombreux. La production de la soie tomba de 2
millions de kilo à ½ million.
Le gouvernement s’émut enfin de cette situation déplorable
et il envoya en 1865 l’homme qui lui parut le plus compétent,
l’illustre Pasteur étudier la maladie des vers à soie.
Après deux ans de patients labeurs, Pasteur indiquait comme
remède au mal le grainage cellulaire qui devait donner d’excellents
résultats.
Ce système de grainage consiste à faire produire
chaque papillon femelle sur un petit carré de toile pour
ne pouvoir conserver que la graine de papillon qui observée
au microscope, sont trouvés exempts de toute trace de maladie.
Quoique présenté par l’auteur comme infaillible en 1867
et reconnu tel dés les premières années par tous ceux
qui l’avaient expérimenté en suivant les indications de
M Pasteur, le grainage cellulaire n’a été accepté et
pratiqué par tous les graineurs que longtemps après. Ainsi il
n’a été employé dans tous les grainages de France
qu’à partir de 1875.
Sa réputation devint alors bientôt universelle, tous les pays
séricicoles du monde entier recherchèrent la graine obtenue par
la méthode Pasteur. C’est que, en suivant les instructions de
ce savant sur le grainage cellulaire et ses conseils sur l’élevage
du ver à soie, on était et on est à peu prés sur
d’obtenir d’une once de graine de 25 grammes non pas 3
0 à 35 kilos de cocons comme autrefois en France, vers 11850, à l’époque
la plus prospère de la sériciculture, mais 50 à 55 kilos
et des cocons bien plus riches en soie.
La découverte de M Pasteur est arrivée à temps pour sauver
de la disparition complète nos meilleures races de vers, nos races à cocons
jaunes. Elle a également sauvé d’une ruine, à la
fois certaine et prochaine, la sériciculture en France, en Europe, car
de tous les pays séricicoles, seuls la Chine et le japon n’étaient
pas encore dangereusement menacés.
«
Vénérable savant, philanthrope admirable, universellement regretté,
que de bien, que de reconnaissance vous doivent et vous devrons éternellement
les habitants de la terre pour cette découverte et pour vos autres »
Portant si grands que fussent ou que soient les services rendus à la
sériciculture, elle n’a jamais pu en France se relever entièrement
et atteindre le degré de prospérité qu’elle avait
vers 1850. Depuis quelques temps même, l’état ou elle se
trouve est telle que les pouvoirs publics ont du intervenir, mais cette intervention
est insuffisante surtout pour la commune de St martin de Boubaux ainsi que
le prouvent les chiffres du tableau ci-après : c’est qu’aux
maladies des vers à soie, combattues par M Pasteur, qui étaient
la cause initiale de la crise de la sériciculture et de l’agriculture
tout entière, se sont ajoutées d’autres causes.
Voici en effet ce qui s’est passé à St Martin de Boubaux
depuis 1850 :
Découragés par leurs échecs répétés
dans l’élevage du ver à soie, un certain nombre
d’agriculteurs ne tardèrent pas à quitter le
pays natal pour aller s’établir les uns à la
Grand Combe ville distante seulement de 12 kilomètres, qui
venait de naître et qui, pendant ses vingt dernières
années s’est développée d’une
façon extraordinaire, les autres à Alais, ville commerçante
et industrielle presque aussi rapprochée que la première
et qui possède des houillères et des forges importantes.
Beaucoup d’autres cultivateurs commencèrent à négliger, à abandonner
ou même à arracher leurs mûriers.
Ces arbres d’or encore si chers aux Cévenols en 1855,
déjà bien délaissés dix ans plus tôt
sont bientôt attaqués par deux maladies redoutables
le pourridié et l’agaricus melleus qui les font périr
en grand nombre. Le chiffre de la population qui était de
1093 en 1851, continuant de baisser, passant à 840 en 1861, à 739
en 1881 et à 590 en 1904. La main d’œuvre devenait
rare et le salaire des ouvriers agricoles s’élevait
progressivement.
En même temps les productions baissaient ainsi que le prix
de vente des principaux produits du pays.
Aussi l’agriculture en général et la sériciculture
en particulier n’ont cessé de décliner et en
1904 cette décadence paraît vouloir s’accentuer
encore.
On peut remarquer dans le tableau précédent que le
nombre des éducateurs diminue ; celui des onces de graine
mise en incubation, après s’être élevé de
1892 à 1896 tend à faire de même. Enfin la
production de cocons est inférieure à celle qu’elle était,
il y a dix ans. La prime de 0.50 centimes par kilo de cocons frais
votée en 1892, l’a fait élever pendant quatre
ans puis elle a de nouveau baissé.
La prime de 0.60 votée en 1898 a eu des effets analogues à celle
de 1892. La récolte des cocons après avoir été bien
supérieure en 1899- 1900 et 1901 à celle des deux
années précédentes a été inférieure
en 1902 et 1903, si en 1904, elle a été plus importante
c’est que le temps a été exceptionnellement
favorable à la réussite des chambrées.
Années Nombre d’éducateurs Graine déclarée
Nombre d’onces de grain de 25 g Poids des cocons obtenus
en Kg Observations
1892 129 133 5872
1893 126 170 7582
1894 135 185 6160
1895 127 179 6292
1896 132 191 7183
1897 127 189 5055
1898 124 172 5343
1899 120 153 6127
1900 122 171 8239
1901 117 165 8245
1902 111 156 4079
1903 104 139 4741
1904 107 153 6916 Cette bonne récolte est due au temps qui
a été excessivement beau
En somme les primes accordées en 1892 et 1898 ont introduit de bons effets mais de peu de durée et elles sont maintenant insuffisantes pour arrêter la décadence.
Que faire donc ? A la conclusion nous dirons notre avis, mais
nous estimons qu’il vaut mieux examiner tout d’abord
comment on cultive les mûriers et comment on élève
les vers.
------------------------------------------------------------------------------
La Commune de Saint Martin de¬ Boubaux, à 500 mètres d'altitude, est située dans une partie des Cévennes très isolée par un relief difficile.
Aussi, ne s'attend-on pas à y décou¬vrir une
filature. Pourtant, à quelques kilomètres du village,
sur un coteau très abrupt, une grande ferme esseulée
abri¬te la filature de Valcroze.
L'ensemble comprend plusieurs constructions.
Tout d'abord au nord est la magna¬nerie est un long bâtiment
rectangulaire (16 x 5 m) à trois niveaux. II est très
reconnaissable par ses nombreuses souches de cheminées d'aération
et les rangées d'étroites baies rectangulaires, (0,90
x 1,50 m).
Ensuite, un groupe de constructions constituait la ferme avec
les logements, le four à pain, la grange...
Une partie de la main d’œuvre était probablement
logée dans cet ensemble. Enfin, à l'est de la propriété,
deux bâti¬ments se détachent. Il s'agit de la
coco¬nière et de la filature.
La coconière est une bâtisse rectan¬gulaire (5
x 10 m) composée de deux niveaux sur cave. Chaque niveau
est desservi par l’extérieur grâce à des
ouver¬tures en pignon nord.
La filature construite en 1845 est à l'est. De plan rectangulaire
(16 x 9 m), elle n'a qu'un seul niveau sur cave voû¬tée.
L'atelier, une grande pièce d'un seul vaisseau, était éclairé par
de larges baies (1,40 x 2 m) avec arcs segmentaires sur¬montés
par des occulis en demi-lune (rayon : environ 69 cm), quatre sur
les murs longs-pans et quatre également en pignon ouest.
Cette salle comportait deux entrées, une sur la façade
nord de plain-pied, une autre en pignon ouest, accessible par un
escalier.
La cave a probablement abrité une chaudière comme
le laisse penser la che¬minée recouverte d'un petit
toit à deux pentes, qui s'élève sur la façade
ouest. L'usine était prolongée par un petit bâtiment
en abside certainement utilisé comme lieu de stockage.
Tous les bâtiments sont construits en schiste. Les toits à deux
pentes de faible pourcentage étaient recouverts de grandes
lauzes de schiste.
La filature, ayant cessé toute activité depuis 1870,
ne cesse de se délabrer. Aujourd'hui, seuls les murs, envahis
par la végétation, sont encore debout. La coconière
et la magnanerie sont en très mauvais état. La ferme
est habitée, mais elle a subi d'importantes modifications
ayant grandement diminué l'intérêt archi¬tectural
de cet ensemble.
Copyright "Mairie St Martin 2010", tous droits réservés